Est-il possible de qualifier un chien de dangereux avec des critères morphologiques ou raciaux?

Dernière mise à jour : 25 avr.

Le fait de qualifier un chien de dangereux avec des critères morphologiques ou raciaux (race) n’est pas un concept nouveau. Des personnes s’accordent à le dire. Une majorité de la population, pensent que certains chiens sont plus dangereux que d’autres.

En réalité, il est plus facile de qualifier un chien dangereux avec des critères morphologiques ou raciaux. En effet, ces critères permettent de qualifier un chien dangereux afin de protéger les gens. Les chiens qui ont été qualifiés de dangereux ont été retirés à leurs propriétaires.


Cependant, la question qui demeure est la suivante: comment un chien peut-il être qualifié de dangereux? S’agit-il d’’un chien qui a été élevé de façon négligente? D’un chien qui a été maltraité? D’un chien qui est malheureux? Bref, il existe différentes raisons pour lesquelles un chien peut être qualifié de dangereux.


Cette étude de cas est une caricature utilisée dans le but d’illustrer nos propos concernant la pertinence d’utiliser des critères morphologiques afin de déterminer si un chien est dangereux ou non comme le fait la loi des chiens de catégories. Cette caricature est donc non représentative d’une situation réelle puisqu’elle n'approfondit pas les éléments clés diagnostiquant ce chien comme dangereux. Nous souhaitons seulement souligner l’impact des caractéristiques physiques sur une agression, en comparaison des caractéristiques psychologiques et environnementales (éducation, respect des besoins etc.) de l’animal.


Par exemple, un bouledogue français : Nous avons un chien qui a grandi durant le confinement avec sa maîtresse, dans une jolie petite maison. La maîtresse était alors en télétravail et en confinement. Elle ne pouvait pas vraiment promener son chien, lui présenter des congénères et d’autres personnes.

Aujourd’hui Bubulle, le petit bouledogue, réagit lorsqu’il croise des humains en balade, mais également lorsqu’il croise d'autres chiens.


Bubulle fait 13 kilos, il n’est pas vraiment impressionnant. Seulement un petit peu embêtant avec ses aboiements. Bubulle en aboyant montre sa frustration, son incompréhension, il montre un petit côté agressif qui au vu de sa petite taille restera sans importance aux yeux de sa gardienne. Bubulle ne devra pas faire de bilan comportemental, Bubulle n’a pas l’obligation de porter une muselière, Bubulle est vraiment trop drôle quand il s’excite comme ça.


Jusqu’au jour où Bubulle a échappé à sa maîtresse et a agressé une petite fille qui jouait dans le parc. La petite fille a été mordue. Bubulle sera euthanasié. La gardienne jugée.


Dans ce contexte, Bubulle n’était pas catégorisé donc il n’était pas considéré comme “dangereux”, car morphologiquement il ne rentrait pas dans les critères de catégorie. Bubulle était réactif à cause d’un manque de réponse à ses besoins et il en est devenu, pourtant, dangereux.


Ses caractéristiques physiques ne sont aucunement le facteur déterminant qui a conduit à ce dénouement tragique. Concrètement la morphologie d’un chien n’a aucune incidence sur sa potentielle dangerosité, au sens de la réactivité ou de l'agressivité.


On estime qu’un Bouledogue Français a une force de morsure de 180 à 230 PSI. En comparaison un Berger Allemand a une force de morsure d’environ 240 PSI et un cane corso d’environ 700 PSI.



PSI: "Livres par pouce carré" est l'unité par laquelle la pression de morsure de chien est mesurée. C'est la quantité en Livre (pounds) de pression qui est appliquée sur une surface d’un pouce carré (square inch). 180psi est égale à 12.66 kg par cm².


Soit physiquement, la morsure d’un bouledogue français peut infliger environ 12 kg de pression par cm2 de surface de mâchoire. Une main humaine adulte peut supporter 30 kg par cm 2 avant que les os ne se brisent. Tout comme d'autres petits chiens, bien qu’ils soient plus faciles à gérer physiquement dans les faits, le bouledogue français peut infliger des dégâts conséquents.


On conçoit donc que les critères morphologiques puissent susciter des restrictions et ce genre de classifications ( ex: classification des chiens de catégories). Toutefois, les réglementations qui empêchent ces chiens de correctement aborder leur environnement peuvent causer par la suite des problèmes de réactivité et de comportement dus au manque de réponse aux besoins psychologiques et donc conduire à une potentielle réactivité de l'animal.


Un chien muselé et tenu en laisse aura plus de mal en général à se sociabiliser lors de moments entre congénères qu’un chien non muselé et en liberté. Une laisse ne permet pas à son chien de jouer avec d’autres, comme il l'aurait fait en liberté et peut entraîner frustration, mauvaise lecture des codes canins et fatalement réactivité.


Après avoir vu ces différents points, nous nous demandons si les caractéristiques physiques nécessitent autant d'intérêts au point d’être l’unique critère de ces catégories ? D’autant plus que l’évaluation de l’équilibre mental du sujet repose sur un examen ( l’évaluation comportemental obligatoire pour les chiens de catégories ) réalisé avant même l’âge adulte du chien ?

Pouvons-nous faire confiance au seul bilan comportemental pour affirmer qu’un sujet, alors chiot, ne présentera jamais de danger ?

Pourquoi instaurer une obligation d’évaluation comportementale seulement à partir de la première morsure pour les autres chiens, non catégorisés ?

Pourquoi les dénominations de “dangereux”, “danger immédiat” et autre, ne vaudraient que pour les chiens catégorisés ?

Crédit Photo : 947051


Parce qu’au final la catégorisation des chiens ne repose que sur des mesures physiques répertoriées dans une catégorie que l’on appelle chien d’attaque, de garde ou de défense. Pour autant, il n’est aucunement question de personnalité, d’équilibre mental ou de fonction.


Au-delà des critères morphologiques et en s’intéressant aux fonctions d’origines de nos races, le chien de chasse devrait-il s’apparenter à un chien d’attaque (de gibier), un chien de troupeau devrait-il s’apparenter à un chien de garde (de troupeau) … Qu’en dîtes-vous ?


L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a publié en 2020 un rapport relatif à l'évaluation du risque de morsure par les chiens qui souligne que la race ne permet pas à elle seule de prédire l’agressivité d’un chien et qu’à ce jour “aucune étude scientifique ne met en effet en évidence un risque plus élevé de morsure par les chiens de catégories 1 et 2 dits « dangereux ».”



Pour information, les États-Unis, les Pays-Bas et l’Italie, qui avaient adopté des catégorisations similaires à la France, les ont abandonnées après avoir constaté leur inefficacité dans la réduction du risque de morsure.

“ … Par ailleurs, ils (vétérinaires) sont plus de 90 % à penser que les chiens catégorisés suivant la loi de 1999 ne présentent pas plus de « risque de dangerosité » que les autres chiens.”


“La dangerosité d’un animal doit donc être évaluée individuellement.”

Source : ANSES